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By Devoteam Management Consulting

Paroles d'experts

Salon des Transports Publics 2018 : terreau de la Mobilité as a Service

20/06/2018 Transport

Du 12 au 14 juin derniers, constructeurs, gestionnaire de réseaux, transporteurs et startups se sont rassemblés Porte de Versailles au salon des Transports Publics et de la Mobilité Européenne. Cet événement était placé sous le signe de l’innovation et de la mobilité électrique et autonome, faisant écho aux initiatives présentées lors de Viva Technology trois semaines plus tôt. Le moment était venu aussi pour les principaux opérateurs de présenter leur vision de la mobilité du futur et de sensibiliser l’écosystème sur la nécessité d’une collaboration forte entre ceux-ci.

 

Salon Transports Publics

Entrée du Salon des Transports Publics et de la Mobilité Européenne 2018 @Porte de Versailles

 

Le modèle allemand comme source d’inspiration

Alors qu’en 2017, la population urbaine de l’Union Européenne a franchi la barre des 72% (source Eurostat), la gestion des réseaux et infrastructures des transports publics reste un enjeu majeur et un pilier des stratégies de développement pour chacun des pays membres.

Si la France se prépare à l’ouverture à la concurrence du marché du transport ferré de voyageurs, prochaine révolution à l’échelle nationale, celle-ci est déjà effective en Allemagne depuis 1994. Une expérience heureuse, à en croire Werner Schreiner, Chef de Projet pour le développement du rail de la région Rheinland-Plafz, qui insiste sur la nécessité d’une vision forte pour fédérer les acteurs autour d’un même projet. Toutefois, il met en lumière une différence majeure entre la France et l’Allemagne, dans la conception même du réseau des Transports Publics : un véritable « network » pour les allemands, un ensemble de lignes de bus et de trains pour les français.

Cette différence s’est matérialisée pendant la décennie qui a suivi la réunification de l’Allemagne. Dès 1992, les autorités allemandes fixent les règles de la dérégulation avec la mise en place d’un cadre légal précis pour les appels d’offres :

  • seules les lignes déjà existantes sont ouvertes à la concurrence;
  • 20% du budget total pour les infrastructures doit être dédié aux lignes régionales;
  • dans le cadre d’un renouvellement de matériel, un contrat de 22 ans et demi d’exploitation peut être signé, au minimum 3 ans avant le début de ce-dernier.

L’objectif est clair et fixé dès le début de la libéralisation : faire en sorte que les réseaux de bus et de trains se complètent parfaitement pour fournir un service fiable 7j/7 à chaque heure de la journée. Aujourd’hui, avec plus de 16 états fédéraux et plus de 60 entreprises de transports engagées sur le territoire, l’Allemagne détient le réseau de transports publics le plus développé et le plus fiable d’Europe.

 

Stand SNCF

Stand SNCF, Salon des Transports Publics et de la Mobilité Européenne 2018 @Porte de Versailles

 

En France, le réseau s’est beaucoup développé dans les années 80-90 avec la construction, sous l’impulsion de l’Etat, des LGV (Lignes à Grande Vitesse) et l’établissement d’un plan de développement des transports ferrés à 20 ans. L’objectif étant, au niveau national, de désenclaver la capitale pour la relier plus équitablement aux autres grandes villes françaises. En parallèle, chaque métropole régionale organise, planifie et s’occupe de la gestion de son propre réseau de tramways, métros et bus. Une répartition nette des responsabilités qui se fait parfois au détriment d’une interaction forte avec le réseau national.

Alors, que nous apprend l’Allemagne aujourd’hui avec un peu de recul ? Que la coopération entre acteurs privés et publics est essentielle au développement d’un réseau de transports en commun fiable, durable et de qualité car, en plus de garantir une certaine viabilité économique, elle force les différents opérateurs à s’adapter aux besoins des usagers-voyageurs et donc à innover sans cesse tout en améliorant la qualité du service.

 

La collaboration entre acteurs du secteur comme source de nouvelles perspectives

En France, de nombreux acteurs se tiennent prêts pour l’ouverture du rail à la concurrence. En particulier, ceux qui ont déjà investi dans le réseau français lors de la libéralisation des transports routiers, à l’image de Transdev, gestionnaire de plusieurs modes de transport qui exerce aujourd’hui son activité à travers plus d’une vingtaine de pays. Un concurrent pour la SNCF, mais aussi une opportunité unique de collaborer avec un acteur expérimenté du secteur pour renforcer l’interopérabilité des modes de transport, la multimodalité des hubs, ainsi que la sécurité et l’information voyageurs. 3 axes prioritaires qui exigent une coopération forte entre le gestionnaire du réseau et le transporteur.

À cette fin, la SNCF s’est attardée ces dernières années, avec bienveillance, à redynamiser son écosystème d’innovation, qui couvre aujourd’hui plus de 1 250 startups, mais aussi à entamer les premières étapes d’une collaboration transfrontalière avec ses voisins européens (Eurostar, tunnel sous le Mont-Blanc, Thalys…). C’est aussi via ses filiales que la SNCF prépare les transports en commun de l’avenir. Au coeur de son lab d’innovation, elle développe des solutions IoT et digitales pour renforcer l’information aux voyageurs et la gestion des flottes de trains, entre autres. Via Keolis, elle se lance dans le développement des navettes autonomes et connectées, avec la navette Navya, et se positionne ainsi sur le marché de la MaaS (Mobility as a Service). Un concept basé essentiellement sur la fluidité du service de transport, quels que soient les modes envisagés, la destination où encore le moyen de paiement.

 

Stand Transdev

Stand Transdev, Salon des Transports Publics et de la Mobilité Européenne 2018 @Porte de Versailles

 

Ce marché est également adressé par Transdev qui a développé avec l’entreprise strasbourgeoise Lohr une navette autonome nommée Crystal. La mobilité du futur, telle qu’imaginée aujourd’hui, répond à quatre critères rassemblés sous l’acronyme PACE, mot-clé de la communication de Transdev depuis quelques mois et symbole des caractéristiques d’une MaaS efficiente : Personalised, Autonomous, Connected and Electric. Une vision partagée par beaucoup d’acteurs et symbolisée par le Projet M2I pour la région Île-de-France. Un partenariat qui dépasse l’éco-système de Transdev, rassemblant des universités, des constructeurs automobiles (Renault et PSA), SPIE, Engie et Transdev, avec pour but de développer les outils et les partenariats nécessaires à « une mobilité d’un niveau de performance inégalé », en y intégrant tous les modes jusqu’à la voiture personnelle, et grâce à un partage sans frontière des données entre acteurs publics et privés. Une initiative qui se donne 3 ans pour réellement prendre vie et s’étendre au-delà de la région.

 

Nous sortons du salon avec la conviction que les acteurs publics, la SNCF en première ligne, ainsi que les acteurs privés, Transdev et autres entreprises non-françaises, sont désormais conscients de la mutation profonde du secteur et de la nécessité de trouver le bon équilibre entre collaboration et compétition. L’exemple de l’Allemagne démontre qu’un réseau décentralisé nécessite une intense coopération entre acteurs pour permettre une gestion adéquate. Un équilibre paradoxalement instable qui a autant besoin d’acteurs expérimentés et historiques que d’une multitude de nouveaux entrants qui sauront saisir les opportunités nombreuses d’une mobilité PACE.

 

Photo Hippolyte Benard
A propos de l'auteur
Hippolyte Benard, Consultant chez Devoteam Management Consulting

« Let there be House … »

Diplômé de SKEMA, je suis depuis 2018 Consultant chez Devoteam Management Consulting. Fan de musique et collectionneur de vinyles passionné, je suis pour autant très curieux des nouvelles technologies et du monde l’entrepreneuriat.

2018-07-09T14:27:46+02:00

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