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By Devoteam Management Consulting

Paroles d'experts

Transition DevOps : mettons l’accent sur la conduite du changement auprès des équipes

01/12/2017 Agile IT platform

Dans un entretien paru dans le Carnet d’Expérience “Libérer le pouvoir de l’agilité : comment faciliter et pérenniser les nouveaux engagements de sa DSI ?” du magazine Alliancy en partenariat avec Dell (téléchargeable ici), Toufik Hartani revient sur l’importance de la conduite du changement dans la transition DevOps.

Quel est le niveau de maturité des acteurs français sur DevOps ?

L’année 2016 a vu une prise de conscience et la mise en place d’actions concrètes. Mais le niveau de maturité reste tout de même assez hétérogène avec deux types d’acteurs. D’une part, les entreprises du monde de l’Internet qui sont nativement proches du DevOps car elles ont déjà des infrastructures dans le cloud et des modes de fonctionnement très agiles entre le business, le développement et les opérations. D’autre part, les grandes entreprises traditionnelles, comme celles du CAC 40, qui commencent à s’y mettre car elles ont de plus en plus besoin d’agilité et doivent livrer à leurs métiers des services et produits à une fréquence plus élevée avec une capacité d’évolution plus rapide.

 

Quelles raisons poussent les entreprises à mettre en œuvre une approche DevOps ?

J’en vois deux importantes. La première est qu’elle apporte de la valeur aux métiers car les produits sont livrés plus rapidement, ce qui leur permet d’être très réactifs par rapport à l’évolution du marché. La deuxième est l’amélioration de l’efficience IT. J’aime bien dire que « le DevOps est un peu le lean six sigma de l’IT » car cela illustre bien le souhait de toute DSI : améliorer la performance de l’IT – au niveau du développement, de l’intégration, du test – pour éviter de faire tout un cycle de développement avant de se rendre compte que le produit ne convient pas à l’usage attendu par le business.

 

Comment s’y prennent-elles ?

On peut noter deux approches aujourd’hui. Certaines créent une entité séparée au sein de l’organisation, qui va être très orientée « DevOps et agile » et va uniquement traiter des entités qui sont confrontées à ce type de besoins (la business unit marketing par exemple). D’autres incubent une équipe qui va progressivement foisonner au sein de la DSI pour élargir le spectre de l’agilité. Cette dernière est une pratique assez récente. Aujourd’hui, de plus en plus, les organisations penchent plutôt pour une organisation unique mais avec des vitesses différentes. Le but n’est pas de laisser de côté un pan de l’organisation au risque de la désintéresser des évolutions technologiques mais d’intégrer l’ensemble de la DSI et ce de façon progressive dans la démarche DevOps.

 

Quels sont les écueils auxquels sont confrontées les entreprises ?

En premier lieu, le manque de sponsorship au sein de l’organisation qui peut être générateur de désalignement entre les différents acteurs. Il faut donc s’assurer que ce n’est pas vu comme un projet technique d’outillage de la chaîne de delivery mais comme un nouveau modèle de fourniture de services de bout en bout (du métier à la production). Un deuxième écueil concerne le niveau de l’ambition qu’une entreprise se donne. Par exemple, opter pour une démarche « tout DevOps » massive peut avoir des effets contraires voire négatifs sur la performance de la DSI, en raison de l’impact de la transformation à réaliser et ce sur les outils, les processus et les hommes. Souvent, l’erreur est de penser une approche très globale sans discerner les priorités et les enjeux de chaque domaine métier ou applicatif. Le troisième écueil est de minimiser l’enjeu organisationnel. DevOps transforme la façon de travailler des équipes, qui doivent s’organiser en produit et non plus de façon verticale. Ainsi, il faut vraiment mettre l’effort sur l’accompagnement au changement des équipes pendant la transition, et ce à tous les niveaux, notamment pour les équipes dont le métier évolue le plus : les managers intermédiaires qui doivent définir de nouveaux modèles managériaux, et les opérations qui voient l’automatisation accrue changer leur rôle.

 

Comment diffuser cette nouvelle culture et favoriser le rapprochement des « dev », « ops » et « business » ?

Bien que les cas de déploiement à large échelle soient encore limités, la tendance est de s’orienter en mode produit : délivrer des projets qui génèrent des produits. Nous n’avons pas encore vu d’impact généralisé sur l’organisation des DSI mais nous commençons, par exemple, à voir des équipes qui s’organisent en feature team, des équipes autonomes « business/dev/ops », etc… D’où la nécessité d’adapter des modèles en fonction de chaque organisation et de faire attention à ne pas adopter une approche trop dogmatique.

 

On est encore loin du DevOps idéal…

C’est en partie à cause de sa nature. Les experts parlent de delivery continu, d’intégration continue, de déploiement continu…mais le fait est que le DevOps n’a pas de cadre défini. Chacun doit le faire et à son rythme, en fonction de son organisation, de ses applications, de ses enjeux métiers. La question que toute entreprise doit se poser est : comment faire mon « juste DevOps » ?  Elle doit trouver l’équilibre entre la valeur métier qu’il apporte et la complexité de mise en œuvre en termes d’outillage et de changement interne qui en découle.

Comment voyez-vous l’avenir du DevOps ?

Je pense qu’il deviendra la norme dans quelque temps. La question ne sera plus de savoir si on se lance mais à quel rythme on le fait. Les années 2017-2018 vont permettre à chacun de trouver son DevOps. Il y aura forcément des échecs et des itérations parce que ça ne peut pas réussir du premier coup. Je pense qu’un équilibre sera trouvé fin 2018 mais cela dépendra beaucoup de l’impulsion donnée aux changements culturels dans l’entreprise.

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A propos de l'auteur
Toufik Hartani, Partner chez Devoteam Management Consulting

Toufik possède plus de 20 années d’expérience dans le Conseil auprès de grands comptes en France et à l’international. Il a développé tout au long de sa carrière un fort savoir faire sur les sujets liés à la transformation des DSI d’abord au niveau des infrastructures, puis des services et maintenant dans le cadre de la digitalisation (agilité, data, plateformes, etc). À ce titre il a mené des missions d’envergure couvrant les dimensions d’alignement métiers et IT, d’efficience des organisations et des processus technologiques (urbanisation SI, cloud, PaaS..). Son intervention sur un large panel de clients issus de secteurs variés (notamment industries, utilities, télécoms, banque, secteur public) lui a permis d’acquérir une très bonne compréhension du marché et des enjeux métiers et de leur transformation digitale.

2017-12-06T11:22:35+01:00

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